Quand Starmer et Macron sacrifient le droit international par crainte de la rue arabe
Le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer, et le Président français, Emmanuel Macron, ont récemment annoncé leur intention de reconnaître un État palestinien avant septembre 2025, à défaut pour Israël de respecter un certain nombre de conditions, parmi lesquelles la mise en œuvre d’un cessez-le-feu global et l’adoption d’un engagement explicite en faveur d’une solution à deux États. Cette démarche, assortie d’un calendrier contraignant, marque une rupture majeure avec les principes du droit international relatifs à la reconnaissance du statut d’État. Alors que cette reconnaissance devait historiquement s’appuyer sur une appréciation objective de critères juridiques universellement reconnus, elle tend désormais à devenir un instrument de pression politique. Ce choix comporte le risque sérieux de légitimer des structures de gouvernance associées au terrorisme et d’établir un précédent susceptible d’affaiblir la cohérence du régime juridique international encadrant la création des États.
Sur le plan juridique, il convient de rappeler que la reconnaissance d’un État est encadrée par la Convention de Montevideo de 1933. Cette convention formalise quatre critères fondamentaux : l’existence d’une population permanente, d’un territoire défini, d’un gouvernement effectif et de la capacité d’entrer de façon apaisée en relations internationales. Comme l’affirme la doctrine Crawford, ces critères doivent être évalués avec rigueur, en dehors de toute considération politique conjoncturelle. Le recours à la reconnaissance comme levier diplomatique, au mépris des exigences objectives, constitue ainsi une dérive dangereuse aux conséquences potentiellement graves pour l’ordre juridique international.
Examinons d’abord la question territoriale. La configuration actuelle des territoires palestiniens ne répond pas à la condition d’un territoire défini au sens de la Convention de Montevideo. Depuis les accords d’Oslo de 1993, la Judée-Samarie est divisée en zones A, B et C, dans lesquelles l’Autorité palestinienne exerce des formes de contrôle très variables. Il faut souligner que la zone C, qui couvre environ 60% du territoire, demeure sous administration exclusive d’Israël. Cette dispersion des compétences empêche toute cohérence territoriale palestinienne et rend illusoire la revendication d’une pleine souveraineté spatiale. Comme l’a démontré Natasha Hausdorff, la fragmentation administrative et l’absence de frontières reconnues selon le principe d’uti possidetis juris font obstacle à la satisfaction des critères territoriaux retenus par la doctrine et la jurisprudence internationales. Toute qualification d’« occupation illégale » apparaît dans ce contexte juridiquement contestable.
En ce qui concerne la gouvernance, la situation est tout aussi problématique. L’Autorité palestinienne n’exerce qu’un contrôle très limité sur les territoires revendiqués tandis que le Hamas, organisation qualifiée de terroriste par la plupart des grandes puissances, gouverne de facto la bande de Gaza. Cette dualité institutionnelle exclut l’existence d’un gouvernement effectif et unifié. Le monopole de la violence légitime, élément décisif de l’étaticité selon Max Weber et la doctrine internationale, est ainsi totalement absent. Les fonctions régaliennes sont partagées entre des entités qui, loin de coopérer, s’opposent violemment sur le plan politique et militaire.
L’analyse des grandes conceptions doctrinales de la reconnaissance étatique n’apporte aucun fondement solide au cas palestinien. Selon la théorie déclaratoire, l’existence d’un État demeure indépendante de sa reconnaissance externe à la condition que les critères objectifs soient remplis. Or, tel n’est manifestement pas le cas ici. La théorie constitutive, qui conditionne la formation de l’État à sa reconnaissance par la communauté internationale, se heurte à une absence de consensus : la demande d’adhésion de la “Palestine” à l’ONU en 2011 et sa candidature renouvelée en 2024 ont toutes deux échoué, faute de recommandation unanime ou en raison d’un veto américain.
Au-delà des difficultés juridiques, il importe de souligner la portée politique de cette initiative. La reconnaissance d’un État palestinien alors que le Hamas exerce une autorité de facto sur plus de 40% de la population palestinienne globale risque d’offrir un précédent dangereux. Ce choix pourrait encourager d’autres groupes armés non étatiques, y compris ceux recourant aux méthodes terroristes, à revendiquer un statut étatique sur de nouveaux territoires. Les risques pour la cohérence et la stabilité du système international, notamment dans des contextes critiques comme celui de la Syrie, sont loin d’être négligeables.
Enfin, il est impossible d’ignorer les motivations politiques internes qui sous-tendent les positions britannique et française. Face à la pression des élus travaillistes et de l’électorat musulman au Royaume-Uni, ainsi qu’à la crainte d’une mobilisation des populations issues de l’immigration en France, l’exécutif des deux pays a choisi d’adopter une posture dépourvue de tout fondement juridique réel. La subordination de la reconnaissance à des calculs électoraux ou à la « crainte de la rue arabe » constitue une entorse grave aux principes d’objectivité et de neutralité requis par la pratique internationale.
En définitive, substituer la logique politique à l’examen juridique rigoureux des conditions de l’étaticité revient à saper les fondements mêmes du droit international. Cela ouvre la porte à une fragmentation accrue du système international et à la banalisation de pratiques politiques radicales voire terroristes. Il en résulte un grave précédent dont les retombées risquent fort de dépasser le seul cadre du conflit israélo-palestinien.
La posture adoptée par Starmer et Macron apparaît donc, au fond, comme une tentative de coup de poker diplomatique. Cette démarche s’apparente bien davantage à une forme de diplomatie de coercition et à une solidarité politique circonstancielle plutôt qu’à une compréhension authentique des enjeux du droit international. En outre, ce choix contribue à affaiblir considérablement l’efficacité et la légitimité de la lutte antiterroriste à l’échelle mondiale.
Ajoutons que cette reconnaissance se veut un acte particulièrement irresponsable aux conséquences dramatiques. En légitimant une entité contrôlée non seulement par le Hamas mais également par le Jihad islamique palestinien et des dizaines d’autres organisations terroristes, toutes influencées et financées par le Qatar et la République islamique d’Iran, Starmer et Macron mettent gravement en péril la sécurité de l’État hébreu. Cette légitimation internationale affaiblit considérablement la position juridique d’Israël, encourage ses ennemis et créera un précédent exploitable par tous les mouvements hostiles à son existence. Plus fondamentalement encore, cette démarche ouvre la voie à la création d’États hybrides gouvernés par des entités terroristes, légitimant de facto un modèle de gouvernance fondé sur la violence et l’extrémisme. En procédant à cette reconnaissance, les dirigeants britannique et français récompensent directement les pogroms et les massacres perpétrés contre les populations civiles israéliennes.
Plus grave encore, cette décision met directement en danger les communautés juives de France et du Royaume-Uni. L’amalgame systématique entre Israël et l’ensemble des Juifs de la diaspora, alimenté par cette reconnaissance, ne peut qu’exacerber les tensions intercommunautaires et provoquer une explosion de l’antisémitisme dans les deux pays. Cette évolution s’annonce d’autant plus dramatique que ni Starmer ni Macron ne parviennent déjà à endiguer la montée de l’antisémitisme sur leurs territoires respectifs. En cautionnant diplomatiquement les revendications palestiniennes, ils offrent une légitimité supplémentaire aux discours de haine et aux actes de violence dirigés contre leurs propres citoyens juifs.
Ces deux dirigeants révèlent en outre une méconnaissance préoccupante des équilibres géostratégiques comme en témoigne leur appréciation erronée de la situation d’al-Jolani et leur silence face aux massacres perpétrés contre les communautés druze et alaouite. Loin de s’appuyer sur une analyse rigoureuse du droit international, ils cèdent aux impératifs de la tactique électorale et à leurs appréhensions devant la progression de l’islamisme radical, dynamique qui n’a cessé de s’étendre sur leurs territoires nationaux respectifs durant les trois décennies écoulées, selon un processus observable à l’échelle continentale européenne. Cette orientation politique les amène à conforter les stratégies des mouvements terroristes islamistes et à cautionner les positions de la gauche radicale—formations socialistes, communistes et écologistes—dans une convergence doctrinale aussi paradoxale qu’historiquement périlleuse, qui évoque les alliances circonstancielles nouées lors du processus révolutionnaire iranien de 1979. L’Histoire a suffisamment démontré les effets délétères de telles connivences et alliances contre nature.
Force est de constater que l’Europe s’achemine inéluctablement vers sa déchéance sous l’autorité de responsables politiques qui ne possèdent ni la lucidité ni la fermeté dont firent preuve Churchill et les grandes figures de la libération du continent face au totalitarisme nazi. Cette génération dirigeante évoque irrésistiblement les Chamberlain de l’époque contemporaine, voire des personnalités d’une faiblesse plus consommée encore.
Magni duces amissi, nunc ignavi regunt — pro vanis consiliis populus immolatur.




















